Innovation et formation : quels agriculteurs pour demain ?

Robotique, outils numériques, capteurs, intelligence artificielle : l’agriculture se transforme. Mais une innovation, aussi performante soit-elle, ne produit réellement des effets que lorsqu’elle peut être comprise, appropriée et utilisée par celles et ceux qui travaillent sur le terrain.

C’est toute la question posée lors de la table ronde « Innovation et formation : quels agriculteurs pour demain ? », organisée le 24 mars 2026 à Toulouse dans le cadre du séminaire FAAN.

Autour de la table : Anne-Sophie Gimenez, CEO de WiDiD, Cédric Séguineau, directeur du Grand Défi de la Robotique Agricole, Baptiste Andrieu, entrepreneur et investisseur dans l’agriculture, et Anne Le Gallic, conseillère maraîchage à la Chambre d’agriculture de la Haute-Garonne.

Des profils différents pour une même interrogation : comment faire en sorte que l’innovation technologique réponde réellement aux besoins des agriculteurs et transforme durablement leurs pratiques ?

L’innovation ne suffit pas : il faut pouvoir se l’approprier

Les technologies agricoles se développent rapidement.

Robotique, technologies embarquées, logiciels d’aide à la décision, capteurs ou outils immersifs peuvent permettre d’automatiser certaines tâches, de mieux comprendre les productions ou encore d’améliorer les conditions de travail.

Mais leur diffusion ne va pas de soi.

Le coût des équipements, leur complexité, le temps nécessaire à leur prise en main ou encore l’absence d’accompagnement peuvent devenir autant de freins à leur adoption.

La table ronde a ainsi rappelé un principe essentiel : l’innovation doit partir des usages et non uniquement de la technologie.

Une solution pertinente est d’abord une solution capable de répondre à un problème concret rencontré par l’agriculteur.

Former pour rendre l’agriculteur acteur de la technologie

Dans ce contexte, la formation occupe une place centrale.

Il ne s’agit plus seulement d’apprendre à utiliser un outil.

Les professionnels doivent progressivement être en mesure de comprendre ce qu’il fait, d’interpréter les données qu’il produit, d’identifier ses limites et de décider dans quelles situations il est pertinent de l’utiliser.

C’est précisément l’un des enjeux portés par FAAN – Formations Agricoles Agrivoltaïsme Numérique.

Le projet cherche à rapprocher l’innovation technologique des dispositifs de formation afin d’éviter qu’un fossé ne se crée entre les équipements disponibles sur le marché et les compétences nécessaires à leur utilisation.

Cette évolution concerne les agriculteurs déjà installés, mais également les lycéens agricoles, apprentis, stagiaires de la formation continue, enseignants et formateurs.

La simplicité peut aussi être une innovation

L’intervention d’Anne Le Gallic a notamment permis d’aborder une autre dimension : celle du low-tech.

À travers l’expérience menée autour de la sonde capacitive PilowTech pour le pilotage de l’irrigation, la question posée est simple : faut-il nécessairement une technologie complexe pour répondre efficacement à un besoin ?

L’expérience montre au contraire que des solutions plus simples, moins coûteuses et conçues avec leurs futurs utilisateurs peuvent parfois faciliter davantage l’appropriation.

Mais même une solution low-tech nécessite un accompagnement.

Les premières formations autour de PilowTech ont ainsi évolué pour intégrer davantage de temps d’installation sur le terrain et d’échanges entre utilisateurs.

L’objectif n’est plus seulement de transmettre une notice d’utilisation, mais de permettre aux agriculteurs de devenir autonomes.

Co-construire avec les utilisateurs

C’est probablement l’un des principaux enseignements de cette table ronde.

L’agriculteur ne peut être considéré uniquement comme le destinataire final d’une innovation conçue ailleurs.

Pour être adoptées, les solutions doivent être confrontées très tôt aux réalités des exploitations.

Cela suppose de tester, observer, recueillir les retours, modifier les outils et parfois accepter qu’une technologie imaginée comme prometteuse ne corresponde pas aux usages réels.

Cette approche par la co-construction rejoint directement la philosophie de FAAN : rapprocher établissements de formation, professionnels agricoles, entreprises technologiques, chercheurs et acteurs institutionnels.

Des compétences qui évoluent avec les métiers

Les transformations technologiques modifient également le contenu des métiers agricoles.

À la maîtrise des gestes techniques traditionnels viennent progressivement s’ajouter de nouvelles compétences : comprendre une interface numérique, interpréter des données, paramétrer un équipement ou travailler avec des systèmes robotisés et automatisés.

L’enjeu n’est cependant pas de substituer la technologie à l’expertise de l’agriculteur.

Il s’agit au contraire de permettre aux professionnels de disposer d’outils supplémentaires et de conserver leur capacité de décision.

La formation devient alors le lien entre innovation et autonomie.

FAAN : transformer l’innovation en compétences

Pour Myriam El Yassa, directrice opérationnelle du projet FAAN, cette question est au cœur du projet :

« Notre enjeu n’est pas simplement de montrer que de nouvelles technologies existent. Il est de permettre aux apprenants et aux professionnels de comprendre dans quelles situations elles peuvent être utiles, de savoir les utiliser et surtout de conserver leur capacité de choix. L’innovation ne devient réellement utile que lorsqu’elle se transforme en compétence. »

C’est dans cette logique que les différentes actions de FAAN articulent expérimentation, ingénierie pédagogique, nouvelles formations, outils immersifs et ressources numériques.

Les technologies peuvent ainsi être testées sur le terrain, transformées en ressources pédagogiques puis intégrées dans les parcours de formation.

Quels agriculteurs pour demain ?

Il n’existe probablement pas un modèle unique d’agriculteur du futur.

Mais la table ronde du séminaire FAAN met en évidence plusieurs compétences qui seront de plus en plus importantes : la capacité à comprendre les outils, à sélectionner les technologies réellement adaptées à une exploitation, à interpréter l’information et à conserver une maîtrise critique des systèmes numériques.

L’agriculteur de demain sera donc peut-être moins défini par le nombre de technologies présentes sur son exploitation que par sa capacité à choisir, comprendre et maîtriser celles qui lui sont réellement utiles.


Revoir la table ronde

Retrouvez les interventions et les replays du séminaire FAAN du 24 mars 2026 sur la chaîne YouTube du Projet FAAN.

YouTube : @ProjetFAAN