Une synthèse scientifique et technique pour l’Observatoire FAAN de l’agrivoltaïsme — 11 octobre 2026.
Les parcelles de quelques hectares méritent une place dans le débat sur l’agrivoltaïsme. Elles peuvent accueillir un projet agricole ciblé, un dispositif de suivi et une production électrique. Leur intérêt dépend toutefois du service rendu à l’agriculture, de la configuration des équipements et du raccordement. Les travaux de l’INRAE et les expérimentations conduites avec les énergéticiens permettent de formuler des hypothèses solides ; ils ne démontrent pas une rentabilité universelle des projets de 3 à 5 hectares.
Une surface à définir avant de comparer les projets
Trois à cinq hectares : de quoi parle-t-on exactement ? De la parcelle équipée, du périmètre clôturé, de la surface cultivée ou de l’ensemble du dispositif avec sa zone témoin ? Ces périmètres doivent être distingués. Une installation peut occuper quatre hectares au sein d’une exploitation beaucoup plus étendue. Inversement, consacrer quatre hectares à un dispositif sur une exploitation de cinq hectares engage presque toute sa capacité productive.
Dans cet article, « petite surface » désigne une
parcelle équipée de 3 à 5 hectares. Cette catégorie de travail proposée pour l’observatoire ne constitue ni une catégorie réglementaire ni un seuil de viabilité. La puissance électrique dépend de la surface des modules, de leur implantation et de leurs caractéristiques. La production annuelle dépend ensuite du rayonnement, du pilotage et des pertes. Un hectare ne se convertit donc pas automatiquement en mégawatts ou en revenus.
Ce que recherche l’INRAE : une réponse à un problème agricole
L’INRAE a structuré en 2023 un Pôle national de recherche, d’innovation et d’enseignement sur l’agriphotovoltaïsme, basé à Lusignan. Sa démarche associe organismes publics et entreprises autour de situations agricoles diverses. L’objectif annoncé est de produire des connaissances pour maintenir ou améliorer la production agricole tout en produisant de l’électricité. Cela conduit à examiner la culture, le sol et le climat avant de dimensionner le dispositif énergétique.
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La question agronomique centrale est celle du partage du rayonnement. L’ombre peut atténuer certains stress thermiques et hydriques, mais elle réduit aussi la lumière disponible pour les plantes. Dans un entretien publié par l’INRAE, Christian Dupraz souligne le risque d’une densité de panneaux excessive et la tension entre revenus électriques et production agricole. Le compromis doit être recherché pour chaque système, et non déduit d’un taux de couverture présenté comme universel.
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Hypothèse de travail pour FAAN : une parcelle de 3 à 5 hectares peut permettre de cibler une production confrontée à un aléa précis, tout en conservant des comparaisons à l’échelle de l’exploitation. Ce choix d’échelle doit être testé ; il ne suffit pas à assurer une synergie.
EDF et l’INRAE : un compromis mesuré sur la luzerne
Le démonstrateur d’EDF Lab Les Renardières étudie l’association entre cultures et panneaux orientables. Dans sa présentation publiée le 1er octobre 2026, EDF rapporte, pour une expérimentation sur deux années, une production de luzerne supérieure de 10 % en moyenne à celle du témoin. Le dispositif a également réduit l’évapotranspiration dans les conditions étudiées, caractérisées notamment par un sol peu épais. En contrepartie, le pilotage favorable aux plantes a diminué la production photovoltaïque de 15 %. EDF renvoie à une publication dans
Applied Energy.
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Ces données décrivent un compromis entre deux productions. Leur portée demeure celle du dispositif étudié : elles ne prédisent pas les performances d’une parcelle de cinq hectares sur un autre sol. Le démonstrateur complet est d’environ 3 000 m², soit 0,3 hectare. Une extrapolation aux surfaces commerciales doit intégrer l’hétérogénéité du terrain et l’organisation des interventions agricoles.
ENGIE Green et l’INRAE : des haies solaires verticales sur prairie
À Laqueuille, le démonstrateur CAMELIA explore une autre architecture : des panneaux bifaciaux verticaux sur une prairie. ENGIE Green indique une superficie exploitée de 0,9 hectare et une puissance de 100 kWc.
[4] Les premiers suivis décrits en octobre 2024 mettent en évidence des modifications du microclimat et une production de prairie différente entre inter-rangs de 12 et de 18 mètres. Plusieurs explications sont envisagées, dont la variabilité spatiale de la parcelle. Les partenaires demandent des suivis pluriannuels avant de conclure.
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Pour une parcelle de 3 à 5 hectares, cette expérience invite à examiner les espacements, la circulation du matériel et la répartition de la lumière. Elle rappelle également une difficulté scientifique : comparer deux zones de sol différentes peut attribuer aux panneaux un effet provenant du terrain. Les observations initiales de CAMELIA ne suffisent pas à établir un gain durable de fourrage ou de revenu.
TotalEnergies et Ombrea : suivre la coactivité et ses effets
TotalEnergies présente le site d’Ombrea à Aix-en-Provence comme un pôle d’expertise destiné au développement de solutions agrivoltaïques numériques et technologiques.
[6] En août 2025, Ombrea annonçait avec l’Institut de l’élevage un protocole sur la centrale écopâturée d’Albias, dans le Tarn-et-Garonne : neuf hectares et 5 MWc. Il prévoit des observations sur le microclimat, les animaux, la production et la prairie, avec comparaison à une zone sans panneaux.
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Ce site se situe au-delà de la plage retenue ici. Son intérêt pour les petites surfaces concerne la méthode de suivi, pas une validation de leur modèle économique. La page consultée annonce un programme ; elle ne constitue pas un rapport final de résultats. Par ailleurs, faire pâturer une centrale pour entretenir sa végétation ne suffit pas à démontrer qu’elle répond aux exigences d’un projet agrivoltaïque.
À Tresserre, une réalisation à l’échelle recherchée
Le domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales, apporte un cas directement pertinent. Sun’Agri décrit une première installation sur
4,5 hectares de vignes, associée à trois hectares de zone témoin, pour une puissance de 2,1 MWc. Le site indique également une seconde parcelle équipée de 3,8 hectares en 2023. L’exploitation viticole est plus étendue : la petite surface concerne ici les parcelles équipées.
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Cette réalisation montre que des projets de quelques hectares existent en viticulture. Elle ne fournit pas un tarif de référence ni une garantie de rentabilité pour d’autres exploitations. Sun’Agri communique aussi des résultats favorables sur les vendanges 2024 de ses sites pilotes. Ces chiffres publiés par le fournisseur doivent être appréciés avec leur protocole, les cépages et les conditions de l’année ; ils ne constituent pas une moyenne applicable à toute la viticulture.
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Quelles productions examiner sur trois à cinq hectares ?
Le choix peut être organisé autour de trois questions : le problème agricole est-il documenté ? Une modulation de l’ombre peut-elle y répondre ? Les équipements permettent-ils de poursuivre le travail agricole dans de bonnes conditions ? La grille suivante est une proposition d’analyse pour l’observatoire, et non un classement de rentabilité.
| Production |
Question à tester |
Vigilance principale |
| Viticulture |
Modulation du stress thermique et de la maturation |
Qualité, rendement, maladies et passage des engins |
| Arboriculture |
Protection climatique compatible avec le verger |
Lumière, floraison, récolte et entretien |
| Maraîchage |
Réponse des différentes cultures à un ombrage piloté |
Diversité des besoins lumineux et rotations |
| Prairie et élevage |
Ressource fourragère, confort et usage de l’espace |
Accès à l’eau, circulation, sécurité et portance |
| Grandes cultures |
Compromis lumière-eau avec une mécanisation maintenue |
Rendement, manœuvres, largeur du matériel et coûts |
Sur le maraîchage, la plateforme ODYSSEO de l’INRAE illustre la possibilité de comparer une serre témoin et une serre agrivoltaïque dans un dispositif de recherche de dimensions modestes. Chaque serre représente 576 m². Le programme vise notamment le pilotage de l’ombrage et le dimensionnement des structures. Il ne valide pas, à lui seul, une installation de plusieurs hectares en plein champ.
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Pour l’élevage, l’INRAE a publié en avril 2024 une synthèse d’étude menée avec CVE et Statkraft. Sur une centrale de six hectares, les observations concernant 24 brebis indiquent notamment un recours à l’ombre pendant les périodes chaudes et des effets favorables sur le confort thermique. Ces constats encouragent le suivi des prairies et des animaux, sans autoriser une généralisation à tout troupeau ou toute configuration.
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La petite surface n’efface pas les contraintes économiques
L’argument économique doit être instruit séparément du bilan agronomique. Une parcelle de quelques hectares peut concentrer une intervention sur une production à forte valeur, faciliter le suivi et limiter la part de l’exploitation engagée. À l’inverse, certains coûts varient peu avec la surface : études, procédures, accès, équipements électriques et suivi. Leur répartition sur une puissance moindre peut pénaliser le projet.
Le raccordement mérite une étude dédiée : distance au réseau, capacité disponible, coût, calendrier et conditions de vente de l’électricité. L’autoconsommation exige de comparer le profil de production et les besoins réels, notamment l’irrigation ou le froid. Sans ces données, annoncer un bénéfice en euros par hectare donnerait une précision trompeuse.
Trois comptes doivent rester lisibles :
la marge agricole,
le bilan de l’activité électrique et
les flux contractuels entre propriétaire, agriculteur et opérateur. Une redevance ne démontre pas un gain agronomique. Le contrat devrait préciser la priorité du pilotage agricole, les responsabilités de maintenance, les compensations éventuelles, l’accès aux données et les engagements de remise en état. Ces points constituent une grille de diligence proposée pour le projet, sans présumer des accords déjà conclus par les acteurs cités.
Un cadre réglementaire à intégrer dès la conception
L’article L. 314-36 du Code de l’énergie exige un service agricole, une production significative et un revenu agricole durable. Il prévoit également le maintien de l’agriculture comme activité principale et la réversibilité.
[12] Pour les installations hors élevage, l’article R. 314-114 fixe, sous les adaptations prévues par les textes, un rendement moyen supérieur à 90 % de celui de la zone témoin ou du référentiel. Le témoin doit représenter au moins 5 % de la surface agrivoltaïque installée, dans la limite d’un hectare, et présenter des conditions comparables.
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À titre de calcul, si la surface agrivoltaïque installée retenue est exactement de trois à cinq hectares, 5 % représente 1 500 à 2 500 m². Ce calcul ne définit pas le périmètre réglementaire d’un dossier. La localisation du témoin, les cas de recours à un référentiel et les autres exigences doivent être examinés pour chaque projet. Une petite superficie ne dispense pas de démontrer le service agricole.
Pour FAAN, proposer un réseau de parcelles documentées
Une orientation possible de l’observatoire serait de documenter plusieurs parcelles de 3 à 5 hectares, dans des situations agricoles différentes. Il s’agirait d’une proposition à construire avec les partenaires, et non d’un programme déjà engagé. Un protocole commun pourrait faciliter les comparaisons sans effacer les particularités locales.
Le suivi devrait associer une référence avant installation lorsqu’elle est disponible, un témoin comparable, plusieurs campagnes et des mesures réparties entre zones ombragées et inter-rangs. La pluie, le sol, les variétés, l’irrigation et les changements de conduite doivent être enregistrés. Les unités expérimentales sont les parcelles ou les blocs indépendants : multiplier les capteurs sur un même site ne transforme pas ce site en plusieurs répétitions indépendantes.
| Dimension |
Indicateurs proposés |
| Agriculture |
Rendement commercialisable, qualité, marge, temps de travail |
| Eau et climat |
Rayonnement, température, humidité du sol, irrigation mesurée |
| Élevage |
Biomasse, valeur du fourrage, comportement, santé et sécurité |
| Électricité |
Puissance installée, énergie produite, disponibilité, pertes |
| Exploitation |
Manœuvres, maintenance, incidents et contraintes d’accès |
| Environnement |
Sols, ruissellement, biodiversité et matériaux |
Ces données pourraient nourrir des formations sur le diagnostic de parcelle, les mesures, le pilotage et l’analyse économique. L’observatoire gagnerait à publier aussi les limites, les incidents et les résultats défavorables. Une base de projets annoncés et une base de résultats mesurés devraient rester identifiables.
La proposition centrale est de traiter les trois à cinq hectares comme une échelle d’apprentissage et de projet à évaluer. Les réalisations viticoles montrent sa faisabilité technique dans certaines situations. Les dispositifs de recherche éclairent les compromis et les protocoles. Pour décider d’un investissement, il reste à démontrer, parcelle par parcelle, un service agricole mesurable et un modèle viable sur la durée.
Références et nature des preuves
Article de synthèse et d’analyse, sans résultats expérimentaux originaux. Sources consultées le 11 octobre 2026. Les propositions concernant FAAN et l’échelle de 3 à 5 hectares relèvent de l’analyse de cet article. Les documents d’opérateurs décrivent leurs propres dispositifs ; les annonces de protocoles sont distinguées des résultats. La publication scientifique citée par EDF est référencée ci-dessous, mais son texte intégral n’a pas servi à une réanalyse des données.
- INRAE, création du Pôle national AgriPV, 28 février 2023 — organisation de la recherche.
- INRAE, entretien avec Christian Dupraz, 2 février 2024 — analyse d’expert.
- EDF R&D, présentation du démonstrateur et de résultats, 1er octobre 2026. Publication associée : Increasing land productivity with agriphotovoltaics: Application to an alfalfa field, Applied Energy, 329, 120207, 2023.
- ENGIE Green, caractéristiques du démonstrateur CAMELIA — fiche de site.
- ENGIE Green, premiers suivis de CAMELIA, 2 octobre 2024 — observations préliminaires.
- TotalEnergies, présentation de sa démarche agrivoltaïque et d’Ombrea — stratégie industrielle.
- Ombrea, protocole avec IDELE à Albias, 25 août 2025 — annonce de suivi.
- Sun’Agri, fiche du domaine de Nidolères à Tresserre — dimensions et caractéristiques déclarées.
- Sun’Agri, résultats des vendanges 2024, 9 décembre 2024 — communication du fournisseur.
- INRAE, plateforme ODYSSEO — dispositif expérimental maraîcher.
- INRAE, étude avec CVE et Statkraft sur le pâturage ovin, 25 avril 2024 — synthèse institutionnelle de résultats.
- Code de l’énergie, article L. 314-36 — définition et conditions légales.
- Code de l’énergie, articles R. 314-114 à R. 314-117 — production, témoin et revenu agricoles.