Pesticides : un automne de décisions, et un besoin de compétences

5 octobre 2026

Loi d’urgence agricole en France, nouvelles règles européennes en discussion, controverses sanitaires et environnementales : à l’automne 2026, le débat sur les produits phytopharmaceutiques revient au premier plan. FAAN n’a pas vocation à arbitrer le débat politique. Son rôle est ailleurs : former, expérimenter, documenter et donner aux professionnels les moyens de décider en connaissance de cause.

À retenir
• La loi française du 18 août 2026 ouvre des possibilités de dérogations ciblées et encadrées pour certaines substances et certaines filières.
• L’Anses conserve un rôle central dans l’évaluation des risques et les conditions d’utilisation.
• Au niveau européen, l’« Omnibus X » sur la sécurité alimentaire et les produits phytopharmaceutiques est encore en négociation.
• Pour les établissements agricoles, l’enjeu est aussi pédagogique : former à la réglementation, au raisonnement des traitements, aux alternatives et aux technologies de réduction des intrants.

Un sujet qui ne se résume plus à « pour ou contre »

Le mot « pesticides » condense aujourd’hui plusieurs débats différents : santé des agriculteurs et des riverains, protection de la biodiversité, efficacité agronomique, souveraineté alimentaire, compétitivité des filières, accès aux alternatives, évolution du climat et capacité des exploitations à absorber des transitions parfois rapides.

Réduire ce débat à une opposition simple entre défense de l’agriculture et défense de l’environnement conduit à manquer une partie essentielle du problème. Les exploitants travaillent dans des systèmes techniques, économiques et réglementaires complexes. Le choix d’un traitement, son dosage, son moment d’application ou son remplacement par une méthode alternative dépendent d’une multitude de paramètres : pression parasitaire, météo, matériel disponible, débouchés commerciaux, coût du travail, capacité d’investissement et état des connaissances.

En 2026, la question devient donc moins : « faut-il choisir entre produire et protéger ? » que : comment produire en réduisant les risques, en conservant une capacité économique et en accélérant la diffusion des alternatives lorsqu’elles sont disponibles ?

En France : une loi d’urgence agricole adoptée à l’été

L’Assemblée nationale a adopté, le 20 juillet 2026, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles par 296 voix contre 224, avec 41 abstentions. Le texte a ensuite été promulgué le 18 août 2026 sous le numéro 2026-796.

Son article 6 est particulièrement commenté. Il introduit, pour une durée limitée, des mécanismes permettant des dérogations exceptionnelles concernant certaines utilisations du flupyradifurone et de l’acétamipride. Ces dérogations ne constituent pas une autorisation générale : elles sont associées à des filières précises, à l’absence ou à l’insuffisance manifeste d’alternatives, à l’existence d’un plan de recherche et à une évaluation des risques.

  • Le flupyradifurone peut notamment faire l’objet d’un dispositif dérogatoire pour certaines situations concernant la betterave sucrière, ainsi que les cerises et les pommes, dans les conditions fixées par la loi.
  • L’acétamipride est visé par une possibilité de dérogation limitée notamment à la production de noisettes.
  • Les dérogations sont limitées dans le temps et subordonnées à des conditions sanitaires, environnementales et agronomiques.
  • L’Anses intervient pour préciser les conditions dans lesquelles une éventuelle dérogation est mise en œuvre.

Le législateur prévoit également un suivi annuel. Le conseil de surveillance compétent doit remettre au Gouvernement et au Parlement un rapport public portant sur l’application des dérogations, leurs conséquences environnementales et économiques, l’état d’avancement de la recherche et le déploiement des solutions alternatives.

Le droit évolue désormais avec une exigence croissante : justifier l’usage, documenter le risque, organiser le suivi et rechercher des solutions de substitution.

À Bruxelles : l’« Omnibus X » relance le débat sur la simplification

Le débat français s’inscrit dans une évolution plus large de la réglementation européenne. Le 30 septembre 2026, le Conseil de l’Union européenne a arrêté sa position de négociation sur une partie du paquet dit « Omnibus X », qui vise à simplifier plusieurs règles relatives à la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux.

Le mandat concerne notamment la réglementation des limites maximales de résidus, les produits phytopharmaceutiques et les produits biocides. Le Conseil affirme vouloir réduire certaines charges administratives tout en maintenant un niveau élevé de protection de la santé humaine, animale et de l’environnement.

Cette évolution ne signifie donc pas que le cadre européen disparaît ou qu’une dérégulation générale est décidée. Elle ouvre une négociation institutionnelle sur les procédures, les délais, les obligations et les modalités d’évaluation. À ce stade, le texte européen reste un processus en cours et doit être distingué des règles déjà applicables.

La science ne fournit pas toujours une réponse binaire

La difficulté du débat tient aussi au fait que la science des produits phytopharmaceutiques travaille rarement avec des catégories simples. Le risque dépend d’une substance, d’une dose, d’une durée d’exposition, d’un mode d’application, d’un environnement et de populations plus ou moins vulnérables.

À cela s’ajoutent des enjeux d’effets cumulés, de métabolites, de contamination diffuse, de biodiversité et d’exposition professionnelle. À l’inverse, une interdiction immédiate ne crée pas mécaniquement une alternative agronomique ou économiquement accessible. C’est précisément cet intervalle entre danger identifié, risque réel en situation et capacité technique à substituer qui alimente une grande partie des controverses.

Former les futurs professionnels à cette distinction est essentiel. Lire une étiquette, comprendre une autorisation de mise sur le marché, interpréter un bulletin de santé du végétal, identifier un seuil d’intervention, comparer plusieurs stratégies et connaître les équipements permettant de limiter la dérive font désormais partie des compétences professionnelles.

Le vrai sujet : la compétence

Le débat public se concentre souvent sur la liste des substances autorisées ou interdites. Pour les organismes de formation, une autre question s’impose : qui saura mettre en œuvre la transition sur le terrain ?

Réduire l’usage des produits phytopharmaceutiques suppose des connaissances nouvelles : observation fine des cultures, agronomie, biocontrôle, désherbage mécanique, robotique, pulvérisation de précision, capteurs, cartographie, modèles prédictifs, intelligence artificielle, choix variétal et analyse économique.

La transition est donc aussi une transition du travail. Elle déplace la valeur vers le diagnostic, l’anticipation, le réglage des équipements et l’exploitation des données. Une exploitation qui dispose d’un robot ou d’un pulvérisateur à haute précision mais pas des compétences pour l’utiliser correctement n’a pas achevé sa transition numérique.

Robotique et agriculture de précision : réduire sans promettre de miracle

Les nouvelles technologies agricoles peuvent contribuer à diminuer certaines quantités appliquées : détection ciblée des adventices, pulvérisation localisée, coupure automatique de tronçons, modulation, cartographie ou désherbage mécanique robotisé. Elles peuvent également améliorer la traçabilité des interventions.

Mais elles ne doivent pas être présentées comme une solution magique. Leur efficacité dépend du type de culture, du contexte pédoclimatique, du coût d’investissement, du débit de chantier, de la maintenance et de la qualification de l’opérateur. Certaines technologies déplacent aussi les besoins : moins de produit peut signifier davantage de temps d’observation, davantage de données à interpréter ou davantage de compétences mécaniques et numériques.

Ce que FAAN peut apporter

FAAN – Formation Agricole Agrivoltaïsme Numérique – ne prend pas position pour une substance ou contre une filière. Le projet intervient à un autre niveau : celui de la formation aux transformations des métiers agricoles.

Les expérimentations conduites au sein des établissements partenaires permettent précisément de rapprocher les technologies des usages réels : robotique agricole, capteurs, nouvelles technologies agricoles, outils numériques et dispositifs pédagogiques innovants.

Dans le domaine phytosanitaire, plusieurs compétences peuvent être travaillées :

  • comprendre les évolutions réglementaires françaises et européennes ;
  • identifier les risques pour l’utilisateur, les riverains et l’environnement ;
  • raisonner une intervention plutôt que reproduire automatiquement une pratique ;
  • utiliser correctement les outils de précision et les systèmes de réduction de dérive ;
  • comparer les coûts et bénéfices des méthodes chimiques, mécaniques, biologiques et agronomiques ;
  • apprendre à documenter une décision et à interpréter des données issues d’une parcelle ;
  • former aux nouvelles machines et aux nouveaux métiers issus de la robotisation et de la numérisation.

Former à décider dans l’incertitude

Les controverses sur les pesticides ne vont probablement pas disparaître. Le changement climatique modifie les pressions parasitaires, de nouvelles molécules arrivent tandis que d’autres sont retirées, les technologies évoluent et les attentes sociales se renforcent.

Dans ce contexte, l’objectif de la formation agricole ne peut pas être de transmettre une photographie figée de la réglementation. Elle doit apprendre à chercher l’information, qualifier une source, comprendre une décision scientifique, mesurer un risque, comparer des alternatives et adapter une pratique.

C’est peut-être là que se situe le véritable enjeu de l’automne 2026 : derrière chaque débat réglementaire se dessine un besoin de compétences. Et derrière chaque innovation technique, une question pédagogique : sommes-nous capables de former suffisamment vite celles et ceux qui devront l’utiliser ?


Sources

Article mis à jour le 5 octobre 2026. Les règles relatives aux produits phytopharmaceutiques évoluent rapidement : pour toute décision d’usage, se référer aux textes applicables, aux autorisations de mise sur le marché et aux avis des autorités compétentes.

FAAN – Formation Agricole Agrivoltaïsme Numérique
Former, expérimenter et accompagner les transformations des métiers agricoles.